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Après avoir été un Grand Magasin dans la plus pure tradition parisienne, la Samaritaine s'apprête à renaître de ses cendres, en hôtel et boutiques de luxe…

La Samaritaine, entre nostalgie et renaissance

C'est l'un des symboles du Paris du second empire, du temps de Zola, d’Haussmann, du Bonheur des Dames et de l'essor des Grand Magasins. C'est, à l’aube du 21ème siècle l'un des plus importants projets architecturaux parisiens qui préfigure le futur visage de la capitale, celui du changement, de la modernité et du virage vers le luxe.  Après le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton, c'est le second projet architectural d'envergure mené à Paris par le Groupe LVMH…

 

La Samaritaine, du grand magasin au monument historique

La Samaritaine, aout 2015 à Paris
Après des mois de bataille juridique, la Samaritaine est à nouveau en travaux - Août 2015 à Paris

C'est en 1870 que se construit la Samaritaine, qui fut le plus grand des grands magasins parisiens. Ses bâtiments, de style Art Nouveau et Art Déco, totalisaient une surface de vente de 48 000m2. Le magasin principal, celui qui a vue sur la Seine, est inscrit au titre des Monuments Historiques. Les rives de la Seine, elles, sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La Samaritaine - Photos Yakawatch Photos Reportages

PHOTOS YAKAWATCH.COM

La Samaritaine tire son nom d'une pompe à eau situées sur le Pont Neuf, et c'est à cet emplacement même que Ernest Cognacq, fondateur de la Samaritaine, aurait installé son "calicot" de marchand de tissus. Il épouse ensuite Marie-Louise Jaÿ, ancienne première vendeuse du Bon Marché qui lui apporte savoir-faire et argent. Ils s'installent à l'emplacement du premier magasin et agrandissent progressivement leur échoppe en rachetant les immeubles voisins. Pour la création de leurs nouveaux magasins, ils font travailler deux architectes renommés, Henri Sauvage et Frantz Jourdain.

De l'Art Nouveau à l'Art Déco

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La Samaritaine est actuellement constituée de 3 grandes parties.
1) le "Magasin Principal", construit dans le style Art Déco, donne sur le Quai du Louvre, le long de la Seine
2) L'immeuble "Jourdain", de style Art Nouveau comprend 2 parties : "Jourdain Verrière" et "Jourdain plateau" construit en 1910
3) L'îlot "Rivoli", aujourd'hui partiellement démoli, dont la façade principale ouvrira sur la rue de Rivoli. Dans cet îlot sont conservés quelques bâtis du 17ème siècle qui abriteront des logements sociaux.

 

L’immeuble "Art Nouveau" de Frantz Jourdain

L'immeuble Art Nouveau de l'architecte Frantz Jourdain, "Jourdain Verrière" a été construit en 1905. Il est recouvert de plaques aux couleurs vives faites de cuivre repoussé et de mosaïques dorées réalisées par Francis Jourdain, le fils de l'architecte, Eugène Grasset (dessinateur de l'enseigne du magasin)*, le ferronnier Édouard Schenck et le céramiste Alexandre Bigot**.

La Samaritaine - Immeuble Art Nouveau de Frantz Jourdain
* Eugène Grasset à qui l'on doit le dessin de la "semeuse" qui fut longtemps le symbole des éditions Larousse
** Alexandre Bigot dont on peut voir d'autres réalisations sur l'immeuble Arfvidson 31 rue Campagne Première à Paris


La Samaritaine - Immeuble Art Nouveau de Frantz Jourdain - FenêtresLa Samaritaine - Immeuble Art Nouveau de Frantz Jourdain - Menuiseries métalliques

Les nombreuses et larges fenêtres, conçues pour laisser largement entrer la lumière sont caractérisées par de fines menuiseries métalliques.

Ce bâtiment est construit autour d'une structure métallique, façonnée en usine puis boulonnée et rivetée sur place. Les décorations végétales et animalières, difficiles à obtenir en métal ont été réalisées en staff (plâtre moulé armé) et sont d'un réalisme surprenant.

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Les fresques, les ferronneries et les staffs seront restaurés

C'est dans cette partie que l'on trouve "le jardin d'hiver". Surplombé d'une grande verrière, on y trouve également les escaliers monumentaux qui ont fait la réputation de l'établissement. Cette partie sera restaurée à l’identique et ouverte au public.


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L’immeuble "Art Déco" d’Henri Sauvage

Le "magasin principal", tête de pont de la Samaritaine, bénéficie d'une vue imprenable sur la Seine et Paris.

La Samaritaine - Immeuble Art Déco d’Henri Sauvage La Samaritaine - Immeuble Art Déco - Henri Sauvage Architecte - Fronton Smaritaine
Construit en 1925/30, cet immeuble est le dernier à avoir vu le jour. Il était initialement prévu que l'architecte Frantz Jourdain le réalise, mais le public était fatigué de l'Art Nouveau, jugé trop exubérant. C'est donc l'architecte Henri Sauvage* qui a réalisé ce bâtiment en 1928, dans un style Art Déco, plus sobre, avec, toujours une structure intérieure métallique mais une façade où la charpente en acier est habillée de pierre blonde. Dans le même temps, les mosaïques de l'immeuble Jourdain furent recouvertes d'un badigeon blanc, pour en atténuer l'éclat.
* Henri Sauvage, à qui l'on doit également la Villa Majorelle à Nancy

 

Depuis 10 ans, on ne trouve plus rien à la Samaritaine

Économiquement, la Samaritaine eut du mal à se relever de la disparition des Halles en 1969. Déficitaire, la Samaritaine est cédée en 2001 au Groupe LVMH.

On ne trouve plus rien à la Samaritaine
Les pièces de ferronnerie sont numérotées avant d’être restaurées, puis replacées à leur emplacement d’origine

La Samaritaine en attente de rénovation

Le bâtiment de la Samaritaine a cessé ses activités le 15 juin 2005, pour des raisons de sécurité, notamment incendie. Les 80 000m2 du Grand Magasin font aujourd'hui partie d'un vaste projet de rénovation qui comprendra un palace 5 étoiles, un restaurant, des bureaux, une crèche et des boutiques de marques.
Le projet est resté de nombreux mois à l'arrêt suite à des procédures juridiques, mais, en Juin 2015, un arrêté de la Cour d'Appel de Paris vient d'autoriser la reprise des travaux.

Du Grand Magasin à l'hôtel de luxe

Passer d'une structure de grand magasin à un hôtel de luxe est un défi tant architectural que conceptuel. Classé à 80% Monument Historique, le défi est de taille. Il s'agit de comprendre la structure (métallique) du bâtiment et d'y coller au plus près tout en respectant les normes de sécurité en vigueur. Sachant que la structure métallique du bâtiment n'a connu aucune refonte depuis le début du XXème siècle.

Conçus à une époque où il n'y avait pas d'électricité pour permettre le passage de la lumière depuis les verrières jusqu'aux étages inférieurs, les planchers de verre, incompatibles avec les normes de sécurité incendie, ne seront conservées que sous la verrière du jardin d'hiver.

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La verrière, aujourd'hui et demain. C'est la seule partie du site qui conservera des planchers de verre

Pour préserver la finesse des menuiseries des fenêtres tout respectant les nouvelles normes environnementales, les façades seront conservées en l'état, et, selon le principe moderne de la double peau, chaque ouverture abritera un jardin d'hiver, zone tampon entre l'extérieur et l'intérieur du bâtiment.

Samaritaine - Fenêtre et enseigne côté Quai du Louvre150831 samaritaine double peau
Un système de "double peau" abritant un jardin d’hiver permettra de satisfaire aux normes environnementales tout en respectant la finesse des huisseries extérieures

Il a également fallu conceptualiser la gestion des flux de déplacements. Le bâtiment sera en effet ouvert aux clients de l'hôtel ainsi qu'aux visiteurs, touristes et parisiens, qui auront accès à l'étage supérieur (bars et restaurants). Sur le toit de la nouvelle Samaritaine, depuis le jardin-terrasse, les visiteurs pourront avoir sur Paris une vision panoramique à 360 degrés.

L'hôtel comprendra 72 chambres. Toutes auront vue sur la Seine. Géré par "Cheval Blanc", ce sera un hôtel 5 étoiles qui aura pour vocation d'être requalifié en Palace. Cheval Blanc gère déjà 3 palaces, à Courchevel, St Barth et aux Maldives. Le bâtiment sera réhabilité par deux architectes, Edouard François et Peter Marino.

L'îlot Rivoli

Une bataille juridique contre "le rideau de douche"

L'ancien "magasin 4" de la Samaritaine qui ouvrait sur la rue de Rivoli, était composé de 4 immeubles de rapport d'architecture pré-haussmannienne. A l'origine immeubles d'habitations, ils ont été acquis par la Samaritaine au début des années 30 dans l'optique de les démolir et d'ériger à la place un bâtiment uniforme plus adapté aux exigence du commerce. Ce projet n'a pas vu le jour. C'est chose faite aujourd'hui.


La Samaritaine, démolition de l'îlot Rivoli
Les immeubles de la Samaritaine, côté rue de Rivoli ont été démolis.

A la place s'élèvera un bâtiment caractérisé par une façade de verre ondulé "rideau de douche", largement décriée par les amoureux du patrimoine qui, sous l'égide de de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF) et SOS Paris sont allés en justice, stoppant ainsi les travaux, mais trop tard, les bâtiments donnant sur la rue de Rivoli ayant été entre temps promptement démolis.
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La façade Rivoli de la future Samaritaine, surnommée "le rideau de douche", objet de toutes les controverses

En janvier 2015, la cour administrative d’appel confirme l’annulation du permis de construire. LVMH fait appel en cassation, et finalement obtient gain de cause auprès du Conseil d’Etat, qui a suivi l'avis du rapporteur public, demandant "de laisser s'écrire, rue de Rivoli, une nouvelle page de l'histoire de l'architecture de Paris". Le Cette décision permet au Groupe LVMH d'obtenir les autorisations administratives pour toute "construction de projets d’architecture contemporaine pouvant déroger aux registres dominants de l’architecture parisienne et pouvant retenir des matériaux ou des teintes innovants". Dont acte.

Après jugement favorable du Conseil d'État, les travaux ont repris le 6 juillet 2015. D'un coût global estimé de 460 millions d'euros, ils devraient générer 1 800 emplois. Livraison prévue pour fin 2018. La nouvelle Samaritaine devrait, elle, permettre la création de plus de 2 200 emplois directs.

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L'ancienne façade de la Samaritaine rue de Rivoli, et la future façade de verre sérigraphiée de l'agence SANAA

D'après les architectes*, la façade de verre sérigraphié de la Samaritaine côté rue de Rivoli reflètera, le jour, les immeubles de la rue de Rivoli tout en laissant entrer la lumière dans les espaces commerciaux, et, la nuit, rendra visible l'intérieur (les commerces), favorisant ainsi l'interpénétration intérieur/extérieur.

Par ailleurs, des cours intérieures permettront d'éclairer les espaces de commerces, bureaux et logements qui n'auront pas d'ouverture sur la rue. Les immeubles d'habitation datant du XVIIème rue de l'Arbre Sec seront réhabilités et transformés en logements sociaux. Une crèche associative prendra également place dans cet îlot.

Les commerces occuperont majoritairement les espaces inférieurs. Des enseignes "Grand Public" côté Rivoli et de grandes marques côté quai du Louvre, pour attirer à la fois les clients de l'hôtel et les touristes à proximité. Tous les bâtiments seront réunis par des passages intérieurs, favorisant la circulation.
* L'agence d'architecte retenue au terme d'un appel d'offres est l'agence japonaise SANAA qui vient de terminer le Louvre de Lens dans le Pas-de-Calais.

Quand l'architecture déchaîne les passions

En leur temps, d'autres réalisations "modernes" ont déjà suscité la polémique. On ne reviendra pas sur la dernière réalisation architecturale du Groupe LVMH, la Fondation Vuitton dans le Bois de Boulogne.
Novancia Fondation Vuitton Tour Eiffel
L’école de Commerce Novancia, la fondation Vuitton du Groupe LVMH et la Tour Eiffel ont, en leur temps, déchaîné passions et batailles juridiques

L’école de Commerce Novancia, dont la facade vitrée écarlate a défié les multiples recours en justice qui ont précédé sa construction.
Beaubourg, le musée Georges Pompidou dont la laideur n'a d'égale que sa renommée.
La Tour Eiffel, symbole parisien, voire français, décriée lors de sa construction et dont on serait, aujourd'hui, bien incapables de dire si elle est est belle ou pas. C'est simplement un symbole, le témoignage d'une architecture qui fut, en son temps, novatrice.

La façade de verre de la nouvelle Samaritaine ne restera sans doute pas dans les mémoires comme un symbole architectural, mais il y a fort à parier que très vite, on l’oubliera. Il ne restera dans les mémoires que les bâtiments emblématiques des courants architecturaux typiques du Second Empire. Ce qui n’est déjà pas si mal…

La Samaritaine, témoignage architectural

S’il est important de préserver notre patrimoine architectural il est également certain qu'on ne peut pas non plus lutter contre l'évolution et la modernité. Le visage des villes est en pleine mutation, comme le visage de Paris du temps du Baron Haussmann. Pour ce projet de façade tant décrié ? Je vous laisse juges…

 

Pour aller plus loin

La Samaritaine, l'ancien et le moderne

La Samaritaine - Galerie photos Yakawatch.com

Le projet de la nouvelle Samaritaine
Voyage au coeur de la Samaritaine (vidéo)
SANAA architectes
Henri Sauvage
Frantz Jourdain
La Samaritaine, un palimpseste urbain
La tumultueuse rénovation de la Samaritaine à Paris