La Laiterie de la Reine du château de Rambouillet

La Laiterie de la Reine, dans le jardin anglais du château de Rambouillet est l'une des plus belles "folie" ou "fabrique" de jardin, très en vogue au XVIIIème siècle…

Les fabriques de jardin | La Laiterie de la Reine | La Chaumière aux Coquillages

Les "fabriques de jardin" du domaine de Rambouillet

Les fabriques de jardin

Les "fabriques de jardin", aussi appelées "folies" sont de petites constructions à vocation ornementale s'intégrant dans une composition paysagère au sein d'un parc ou d'un jardin. 
Classiques, exotiques, champêtre ou inspirées de l'antiquité, les premières fabriques apparaissent dans les jardins anglais au début du XVIIIe siècle et inspirent les architectes européens avec la mode des jardins paysagers. Outre la laiterie de la reine et la chaumière aux coquillages à Rambouillet, on trouve également à Versailles le "moulin à eau", fabrique champêtre, ainsi que d'autres chaumières au Hameau de la Reine.

La Laiterie de la Reine, une fabrique de jardin à Rambouillet La chaumière aux coquillages à Rambouillet
Dans le domaine du château de Rambouillet, la Laiterie de la Reine et la Chaumière aux coquillages

Anne-Claire Nayrolles, chargée des actions éducatives et culturelles au château de Rambouillet raconte : "Le duc de Penthièvre a été un des premiers à faire planter, en son domaine de Rambouillet un jardin anglais. Rambouillet était, à cette époque, à la pointe de la mode"…

Le Jardin anglais du château de Rambouillet


La Laiterie de la Reine

 Au château de Rambouillet, on trouve, au 18ème siècle, un jardin anglais aménagé par le duc de Penthièvre, pour consoler sa belle-fille, la princesse de Lamballe,  devenue veuve prématurément. Ce jardin fut régulièrement utilisé par la princesse entre 1779 et 1783, date du rachat du domaine par Louis XVI. Près du château, celui-ci fait construire une ferme modèle avec des chèvres, des vaches et 300 moutons mérinos qui arrivent à pied d'Espagne. En 1785, il commande également, pour le plaisir de la Reine Marie Antoinette, une "fabrique de décor et d'usage"  : la "Laiterie de la Reine". 

Il en confie, la réalisation à Hubert Robert, peintre et jardinier-paysagiste, et Jacques-Jean Thévenin, architecte du domaine. D'inspiration antique, l'édifice est conçu sur le modèle d'un temple grec et reflète l'idéal du retour à la nature prôné par Rousseau au siècle des Lumières.

Une première salle en rotonde décorée d'un plafond à caissons et dotée d'un éclairage zénital, servait pour la dégustation du lait, servi dans de délicates porcelaines de Sèvres* sur les consoles de marbre blanc qui épousent les murs en grès du pourtour de la salle.
Porcelaines à laitage de style grec antique - coupes, pots, jattes, gobelets, «bols-seins»

La seconde salle abrite une grotte de rocaille qui sert d’écrin à une sculpture en marbre blanc de Pierre Julien représentant la nymphe Amalthée (déesse du lait maternel, représentation de la mère nature) à sa baignade, accompagnée d’une chèvre. 

Première salle de la Laiterie de la Reine. La grotte de la Laiterie de la Reine avec l'Amalthée au bain
Les tons laiteux du sol d'origine ont laissé place à un carrelage en marbres de Carrare blanc, noir et rouge aux couleurs de l'Empire. Sous la rotonde, à la place d'un premier bassin, une table en marbre a également été installée sous Napoléon. Dans la grotte, les bassins latéraux ont été supprimés et l'eau ne coule plus depuis longtemps.

Des bas reliefs sont commandés à Pierre Julien, qui va concevoir des bas reliefs d’inspiration néoclassique.

  Fronton de la Laiterie de la Reine à Rambouillet  Bas relief Laiterie de la Reine - Rambouillet 
  Frise en bas relief de Pierre Julien : Apollon berger gardant les troupeaux d'Admète  Première pièce 'de dégustation' de la Laiterie de la Reine

La fabrique est conçue sur le modèle d'un temple grec. Une première salle en rotonde servait pour la dégustation du lait. La seconde abrite une grotte de rocaille qui sert d’écrin à une sculpture en marbre blanc de Pierre Julien représentant la nymphe Amalthée (déesse du lait maternel, représentation de la mère nature) à sa baignade, accompagnée d’une chèvre.

Barattage du lait - Médaillon en bas relief à la Laiterie de la Reine à Rambouillet  Traite de la vache - Médaillon en bas relief à la Laiterie de la Reine à Rambouillet  Tonte des moutons - Médaillon en bas relief à la Laiterie de la Reine à Rambouillet  La distribution de sel - Médaillon en bas relief à la Laiterie de la Reine à Rambouillet

Laurent Mortier, administrateur du château de Rambouillet ne manque pas d'anecdotes sur la Laiterie : " La plaque surmontant l’entrée de la laiterie a été retrouvée au début des années 2000 enterrée dans une cour à fumier, en compagnie d’une quarantaine de plaques de cheminées provenant du château. On pense qu'elles ont été enterrées pour les préserver du pillage lors de la seconde guerre mondiale."
"Après la révolution, l’impératrice Joséphine tombe amoureuse de la laiterie. On ajoute alors une apostrophe au "l" pour transformer la laiterie de la reine en laiterie de l’impératrice". Ce changement n’a pas été conservé lors de la restauration.


Jardin anglais - RambouilletAprès un petit pont au coeur du jardin anglais de Rambouillet, on découvrira la chaumière aux coquillages…


LA CHAUMIÈRE AUX COQUILLAGES

Caché au coeur du jardin anglais du domaine de Rambouillet, on la découvre au détour d'une rivière, après un petit pont. La chaumière aux Coquillages, folie du XVIIIème siècle, est unique de son genre en Europe. Celle-ci fut offerte à la princesse de Lamballe par son beau-père le duc de Penthièvre, cousin du roi, pour la consoler de son veuvage précoce. 

 La Chaumière aux coquillages - Fabrique de jardin à Rambouillet Visite guidée de la chaumière aux coquillages, dans le domaine de Rambouillet

Sous l’apparence d’une banale fermette, la chaumière offre aux visiteurs un décor incroyable tout décoré de coquillages provenant des côtes bretonnes : les murs sont entièrement décorés de coquilles de moules d’eau douce qui viennent de Nogent sur Seine, pétoncles ormeaux, couteaux et huîtres qui viennent de Normandie. A l’instar de la laiterie de la Reine, c’est une fabrique d’usage autant que de décor. Comme à la Laiterie, on retrouve en ornement la feuille de chêne, qui est le symbole de la Forêt de Rambouillet.

  Moules de la chaumière aux coquillages Médaillon de coquillages (détail) - Rambouillet Médaillon à la chaumière aux coquillages - Rambouillet
Les coquillages étaient fixés selon une méthode très particulière. Percés avec précaution, ils étaient traversées d’une pointe rougie et fixés dans du mortier frais, qui, en séchant, emprisonnait le clou et fixait le coquillage. Tous les coquillages fixés avec un clou sont d’origine. Tous ceux qui ne comportent pas de clous ont été collés lors de la restauration de l’édifice en 2010.

La chaumière était régulièrement utilisée par la princesse de Lamballe. Située au centre de la promenade des jardins, on s’y reposait, on y prenait des rafraîchissements confortablement installé sur les sièges étudiés pour épouser la forme de la pièce et dont le dossier s’incurvait pour mettre en valeur les médaillons sur les murs.  

Les sièges de la chaumière aux coquillagesLes canapés sont incurvés pour adopter la forme de la niche. Leurs pieds sont en forme de roseaux et l’assise en forme de coquille St Jacques. La découpe du dossier est étudiée pour mettre en valeur le médaillon qui se trouve derrière.

On y écoutait de la musique, puis l’on passait par deux portes dérobées de chaque côté de la cheminée dans un petit boudoir attenant. De chaque côté d’un grand miroir, se trouvaient de petites niches d’où sortaient des automates qui présentaient à ces dames des produits de toilette. Elles pouvaient ainsi se refaire une beauté avant de repartir en promenade. Ces automates sont malheureusement aujourd'hui disparus.

  Le boudoir de la chaumière aux coquillages  Porte du boudoir de la chaumière aux coquillages (détail de la porte)  Boudoir de la chaumière aux coquillages

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Tous nos remerciements à Laurent Mortier, administrateur du château de Rambouillet et Anne-Claire Nayrolles, chargée des actions éducatives et culturelles pour leur accueil, leurs anecdotes et leurs précieux renseignements.