La fabuleuse et très inattendue histoire de Shakespeare and Company

Pour les amateurs de littérature anglaise et américaine, il existe deux librairies incontournables à Paris. Shakespeare and Company est l'une d'entre elles.

Shakespeare and Company, une librairie de légende

C’est l’un des derniers vestiges d’un Paris authentique. La librairie Shakespeare and Company reste encore, telle qu’en elle-même, la librairie de langue anglaise emblématique d’un certain esprit «rive gauche» mâtiné estudiantin. Un lieu convivial, bohème, accueillant, insolite, foisonnant et résolument attachant.

 

Une librairie au cœur de Paris

C’est un petit immeuble du XVIIe siècle, ancien monastère de l’église St Julien le Pauvre, 37 rue de la Bûcherie, dans un des endroits aujourd’hui les plus touristiques de la capitale. Un de ces vieux immeubles parisiens, construit en pierres et charpenté de bois, composé d’une succession de petits espaces cloisonnés et bas de plafond. Un immeuble dans lequel, patiemment, pièce par pièce, étage après étage, George Whitman a créé son univers. Un dédale où murs et cloisons disparaissent sous des milliers de livres.


Une succession d'espaces secrets aux murs couverts de livres

«J’ai créé cette librairie comme un homme écrirait un roman, construisant chaque pièce comme un chapitre.»

— George Whitman

Comme au temps de George Whitman aujourd’hui disparu (on dit cependant que son fantôme hante toujours les lieux et qu’il jette des livres à la tête de ceux qui lui déplaisent) on y donne des lectures publiques et les voyageurs amoureux de la littérature peuvent y trouver refuge.

 


L’immeuble du 37 rue de la Bûcherie

 

Pour l’amour de la littérature anglo-saxonne

Chez Shakespeare and Company on trouve des livres. Beaucoup de livres. Sur tous les sujets. Tous en anglais, naturellement. Des auteurs classiques et des écrivains modernes. Des auteurs de tous les pays pourvu qu’ils aient été édités en anglais.

Les amoureux de la littérature en langue anglaise, y trouveront de grands classiques en version originale, d’anciens livres très souvent lus et des ouvrages de littérature contemporaine, des romans, des guides de voyages pour visiter Paris… Un espace est également dédié aux les enfants qui aimeront découvrir entre autres ouvrages Harry Potter en VO !

Et si vous ne passez pas par Paris, vous pouvez aussi acheter par correspondance des livres qui portent le fameux sceau Shakespeare and Company qui célèbre la proximité de la librairie avec la cathédrale Notre Dame «le kilomètre zéro de Paris».

Mais on ne fait pas qu’acheter ici. On peut aussi emprunter des ouvrages, vendre ses anciens livres ou simplement prendre le temps de la lecture, bien installé au milieu des étagères surchargées et des piles de livres, sur de vieux fauteuils dépareillés ou des banquettes qui, le soir venu, se transformeront en couchettes de fortune. Elles accueilleront les voyageurs de passage, écrivains en herbe, artistes en devenir et amoureux de la belle littérature. Ne soyez pas pressé, ici le temps coule différemment, et parfois même s’arrête. Ces lieux ne se prêtent pas à la précipitation.

 

Du Mistral à Shakespeare and Company

L’histoire commence dans les années 20. Shakespeare and Company est alors une librairie et une bibliothèque de prêt située au 12 rue de l’Odéon (à côté du mythique bar du 10 rue de l’Odéon). Elle est tenue par une américaine, Sylvia Beach et construit sa légende grâce à de prestigieux hôtes de passage comme ­Ernest ­Hemingway, Francis ­Scott ­Fitzgerald, Ezra Pound et James Joyce dont Sylvia Beach publia la première édition d’Ulysse. La librairie ferme pendant la guerre. Elle ne rouvrira pas…


Sylvia Beach et la première boutique Shakespeare & Company

Après la guerre, George Whitman, un ancien militaire américain venu à Paris pour étudier à la Sorbonne, tombe amoureux de la ville qu’il qualifie de «véritable ville des lumières». Il décide d’y ouvrir à son tour une librairie, «Le Mistral».

Il organise dans sa librairie des lectures d’écrivains anglophones et invite Sylvia Beach à l’une d’entre elles. Elle devient une cliente assidue et y reconnaît l’esprit qui animait sa propre librairie. Elle lui offre d’en reprendre le nom et lui lègue son stock de livres.

George Whitman rachète le local d’une épicerie et installe ses livres au 37 rue de la Bûcherie, à l’époque un immeuble délabré situé dans l’une des plus anciennes rues de la capitale, face à l’île de la Cité avec vue sur Notre Dame.

«Au seizième siècle, quand cet immeuble était un monastère, il y avait un frère lampier, et, chaque soir, il allumait les lampes pour que les ombres s’éloignent. Voici cinquante ans que je remplis ce rôle»

— George Whitman

En 1964, pour le 400e anniversaire de William Shakespeare, Le Mistral est renommé «Shakespeare and Company» et accueille à son tour des grands noms de la littérature dont William Burroughs, Anaïs Nin, William Styron, Henry Miller… Les écrivains de la Beat Generation


George Whitman à l'ouverture de sa librairie

C’est aujourd’hui Sylvia, la fille de George Whitman qui a repris la librairie. En 2015, elle rachète le local attenant et y installe un café littéraire. Et repousse fermement les nombreuses offres de rachat pour cet immeuble aujourd’hui si bien situé…

 

Le Tumbleweed hôtel

La devise de Shakespeare and Company est notée en clair sur ses murs : «ne soyez pas inhospitalier envers les étrangers de peur qu’ils ne soient des anges déguisés».


L'hospitalité, une tradition de Shakespeare & Company

Dès l’ouverture de sa librairie, George Whitman invite de jeunes écrivains à rester, à dormir et à vivre chez Shakespeare and Company en échange d’une participation bénévole à la vie de la boutique. Cette tradition perdure encore aujourd’hui. On surnomme ces routards littéraires des «Tumbleweeds» ou «virevoltants» en référence à ces plantes originaires des grands espaces déserts des États-Unis rendues célèbres par les westerns américains (des boules de végétation sèche qui virevoltent portées par le vent).

En échange de cet hébergement, les résidents doivent effectuer 3 tâches : lire (au moins) un livre par jour, donner quelques heures de leur temps pour aider à la boutique et rédiger une autobiographie sur une page avec leur photo. En 50 ans d’existence, ce sont quelques 30 000 biographies de Tumbleweeds qui sont ainsi soigneusement conservées dans l’ancienne chambre de George Whitman. À travers elles, c’est aussi l’histoire de Shakespeare and Company qui continue de s’écrire encore aujourd’hui.


Pour l'accueil des Tumbleweeds, des banquettes qui se transforment en couchette pour la nuit

Les Tumbleweeds forment une communauté qui, d’un continent à l’autre, aime à se souvenir de son passage rue de la Bûcherie. Comme le comédien écrivain Ethan Hawke qui y fit un court séjour à l’âge de 16 ans. Un autre témoigne : «Je n’ai pas écrit autant pendant mon séjour là-bas que je l’avais prévu, mais je me sentais certainement comme un écrivain»

Au fond de la section des livres pour enfants, sur un miroir caché derrière un rideau rouge sont attachés des mots d’amour, des remerciements et des témoignages de visiteurs de passage. Venir chez Shakespeare and Company reste, pour les visiteurs du monde entier comme pour les français, une visite inoubliable.

 

Des évènements littéraires et un salon de thé

La librairie organise des lectures publiques en langue anglaise, évènements gratuits et accessibles à tous. Sylvia Whitman a créé en 2003 un festival ainsi qu’un prix littéraire pour de courts romans en langue anglaise, le «Paris Literary Prize» pour faire connaître des auteurs qui n'ont pas encore été publiés.

En 2015, réalisant le souhait de son père de proposer aux visiteurs «un bon livre, un bon café et une tarte au citron», Sylvia Whitman a ouvert un café - salon de thé où l’on peut déguster café, thé, jus de fruits pressés ainsi que des desserts très british (crumble, scones) et des spécialités végétariennes typiquement anglo-saxonnes (salades, bagels ou veggies stew).

«Je vais ouvrir un café littéraire… Il n’y a qu’une seule façon de faire une bonne tarte au citron, tu sais.»

— George Whitman, 1968

En 2006, George Whitman a été adoubé Chevalier des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture. Celui qui se considérait comme un romancier frustré plutôt que comme un véritable libraire est parti rejoindre le paradis des écrivains et des poètes beatniks en 2011 à l’âge de 98 ans. Gageons qu’il y aura été bien accueilli…

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